Méditations hivernales….

décembre 19, 2008

 

La mort du loup.

 

 

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l’incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l’horizon.
Nous marchions sans parler, dans l’humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. — Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N’effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d’en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s’étaient mis en quête
A regardé le sable en s’y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s’arrêtent, et moi, cherchant ce qu’ils voyaient,
J’aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu’à deux pas, ne dormant qu’à demi,
Se couche dans ses murs l’homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu’adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s’assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s’est jugé perdu, puisqu’il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n’a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles, 
Jusqu’au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu’à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J’ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n’ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l’attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l’eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l’homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au coeur !
Il disait : ” Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

 

Alfred de Vigny-Les destinées

 

 

Citations de la semaine.

novembre 25, 2008
  • Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet.

Georges Courteline


  • Celui qui peut, agit. Celui qui ne peut pas, enseigne.

Georges Bernard Shaw


  • La liberté n’est pas de faire ce que l’on veut, mais de vouloir ce que l’on fait.

Bossuet

 

  • Ni aimer, ni hair, c’est la moitié de la sagesse humaine. Ne rien dire et ne rien croire, l’autre moitié.

A. Schopenhauer


  • De tous les maux, les plus douloureux sont ceux que l’on s’est infligé à soi même.

Sophocle

Konpira-san… Le sanctuaire de la mer

novembre 24, 2008

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L’exposition de peintures murales en provenance du sanctuaire de Kotohira-gu sur l’île de Shikoku.

Exposition conçue pour préserver l’aménagement de l’espace japonais….

Die Stille Vor Bach…

novembre 23, 2008

Découvert suite à une conversation devant le MK2 Beaubourg ou ce Film passe…

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Le silence avant Bach présente, autour du prétexte de la vie de Bach à Leipzig, une réflexion sur la musique, l’art et la discipline qu’elle requiert… Un petit instant d’éternité…. Une bonne occasion de percevoir la “vie” que transporte la musique de Bach à travers le son des violoncelles, des orgues, des clavecins. En écoutant, regardant… on y trouve les émotions qu’on y apporte…. on perçoit cette étrange caractéristique de la musique a révéler ce qui est enfoui, caché en soi … qu’on ne soupçonne pas soi même.

 

Balade à Honfleur de septembre

octobre 4, 2008

Quelques extraits d’une promenade automnale dans le Calvados…

Vous est il déjà arrivé de vous réveiller en plein milieu d’un rêve sublime ? D’avoir cette sensation que le quotidien, si beau et si passionnant qu’il soit…. manque un peu de saveur? De passer la journée qui suit en étant ailleurs… encore un peu dans le rêve. Et pourtant le rêve est fais de choses étrangement banales. Le retour d’un beau voyage donne un peu cette impression. Un écho d’une promenade ensoleillée  à Honfleur et non loin en septembre…. Quelques instants passés à simplement être là sans penser à rien.. à s’émerveiller de la couleur, la lumière, des sons environnants et de tout ce qui m’entourait. Une lointaine réminiscence d’un quelconque paradis perdu.  Un temps si fugace, qu’on  ne saurait précisément dire s’il a été long ou court…. trop court à posteriori mais infini pendant qu’on le vit. Un de ces passages ou tout semble sans détour, simple,ou tous les mystères qui vous environnent sont juste fascinants… jamais inquiétant, ou toutes les questions qui vous hantent s’évanouissent faute d’y avoir leur place. On ne peut s’empêcher de penser après coup, avec une sorte de recul un peu amer : c’était un joli rêve, j’y étais… mais j’aurais aimé qu’il se prolonge.

Pourquoi ce Blog?

septembre 24, 2008

Avant de me lancer dans l’aventure du Blogging (compulsif??), il fallait bien trouver à la publication une raison d’être. Alors avant toute chose, faisons un petit rappel de circonstance.

Il existe deux types de Blogs : 

  • Les Blogs purement informatifs organisés autour d’un thème plus ou moins précis, dans le but de faire connaître ce thème (qui en général passionne l’auteur) aux lecteurs dudit Blog.
  • Les Blogs plus personnels ou l’auteur raconte une partie (voire tout ^^) de sa vie, parfois autour d’une ligne directrice plus ou moins précise.

Celui-ci sera donc probablement à mi-chemin entre les deux genres. Son but informatif sera de communiquer autour des thèmes (culturels pour la plupart) qui sont chers à mon coeur. Mais ne nous leurrons pas…. raconter ses passions, c’est un peu se raconter soi même, montrer qui on est afin peut être de le (re)découvrir pour soi…. C’est cet intérêt précis qui fais que je me lance maintenant (après moult questionnements, inutiles pour la plupart). Alors, même si au fond ça peut paraître un peu nombriliste, je pense que cet vision des choses peut permettre aux lecteurs autant qu’à l’auteur d’y trouver leur compte.

Et puis pour être franc, je pense qu’il n’existe pas de démarche purement altruiste. Aller vers les autres, communiquer avec eux, c’est un peu plonger au plus profond de soi, apprendre a mieux se connaître.

Voilà pour les présentations, maintenant il ne reste plus qu’à écrire la suite de l’histoire.


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